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Terrorisme : la justice veut voir les vidéos posthumes de Merah

June 13, 2012 at 3:30 pm. Shared by Djamali

L’heure de vérité approche. Depuis des semaines, Me Mokhtari, l’avocate du père de Mohamed Merah, affirme être en possession de vidéos prouvant que le tueur au scooter a été « liquidé » par les autorités françaises en raison de secrets qu’il aurait pu révéler. Des documents supposés explosifs venant à l’appui de la plainte déposée lundi pour « meurtre aggravé ».

Hier, le parquet de Paris a demandé officiellement la communication de ces deux enregistrements de quinze et vingt minutes, dont nous avons obtenu une transcription : quatre pages A4 dans lesquelles Merah clame avoir été piégé par un ami jihadiste, un certain Zuhair. Le tueur au scooter révèle avoir découvert que ce proche était en réalité un officier des services de renseignements français. Décryptage.

Ces images existent-elles? C’est toute la question. Ces vidéos n’ont encore jamais été présentées. D’après ce qu’en disait début avril Me Mokhtari, c’est le père de Mohamed Merah qui les lui aurait confiées. Selon le compte rendu écrit qui en est fait, réalisé « par des juristes », Mohamed Merah s’exprime en français. Il apparaîtrait blessé par balle à l’épaule gauche. Le tueur à scooter se filme pendant le siège de son domicile toulousain, du 21 mars à 3 heures du matin au 22 mars peu avant midi. Il est alors en ligne avec plusieurs interlocuteurs, dont le fameux Zuhair.

Que révéleraient ces vidéos? Pour Me Isabelle Coutant-Peyre, l’avocate française du père de Merah, elles démontrent l’existence d’une « relation étroite et ancienne » entre les services français et le jihadiste. A quatre reprises, dans le premier enregistrement, ce dernier s’entretient avec celui dont il affirme avoir percé à jour l’identité, le capitaine J., qui l’aurait incité à se rendre dans différents pays musulmans à la rencontre de groupes intégristes. En clair : Merah assure avoir été manipulé par celui qu’il considère désormais comme « un sale traître ». D’après Me Coutant-Peyre, la véracité de ces images ne fait aucun doute. « C’est lui qui se filme, c’est bien lui, et c’est bien sa voix », assène-t-elle. Ses interlocuteurs se seraient alors trouvés « derrière sa porte, dans le couloir ». Pour l’avocate, les enregistrements contiennent tous les ingrédients d’une affaire d’Etat.

Comment ces vidéos ont-elles pu être transmises? D’abord, pour être tournées, cela suppose que Mohamed Merah était muni d’une caméra ou d’un simple téléphone portable. Selon nos informations, au moins deux lignes à son nom étaient sur écoute du 20 mars, la veille du début du siège, jusqu’à sa mort. Une petite vingtaine de coups de téléphone ont été « émis ou reçus » via ces numéros. Mais rien ne dit que ces appels n’ont pas atterri sur un répondeur. « Dans la nuit du siège, j’ai appelé Mohamed sans savoir ce qui se passait, confie une de ses amies d’enfance. Son téléphone était coupé. » D’après les éléments transmis par les forces de l’ordre à la justice, aucun appareil n’a été retrouvé sur place. Quid de leurs transmissions? Pour cet expert cité par France 24, « il est possible qu’au sein de la DCRI,une personne ait pu faire fuiter les enregistrements, tellement il y a de règlements de comptes dans la gestion de cette affaire ».

Quelle crédibilité leur accorder? Tant qu’elles n’auront pas été communiquées à la justice, cela reste difficile à dire. « Cette thèse d’une quelconque infiltration de Merah ne tient pas la route », martèle une source proche des services de renseignements, qui « doute fort de la réalité de ces enregistrements ». Au vu du dossier judiciaire, Merah s’est entretenu pendant le siège avec deux policiers, le négociateur du Raid et un responsable régional de la DCRI. Mais, toujours selon le dossier, tout contact avec le forcené a cessé à partir de 23 heures, le mercredi… Or Merah sera tué le jeudi midi. Dans la seconde vidéo, un cheikh, présenté comme « Abou Issahk de Toulouse », tente par ailleurs de raisonner Merah. L’homme est inconnu en Midi-Pyrénées, certifie un imam toulousain. Enfin, les larmes du tueur à scooter et sa posture de victime sur les vidéos « ne correspondent pas du tout au profil du personnage », relève un enquêteur.

A l’inverse, d’autres policiers cités par l’AFP considèrent que Merah avait « le profil de cette minorité » de Français parfois « envoyés par les services secrets faire le Jihad ». Quant aux documents de la DCRI ayant trait à la surveillance de Merah ces dernières années, ils sont toujours classés secret défense. La semaine dernière, les juges chargés du dossier en ont demandé la communication.

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