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Trafic de drogue, assassinats... Que se passe-t-il à Marseille ?

August 07, 2012 at 4:53 pm. Shared by Flo_69

Des quartiers de Marseille sont ensanglantés par une guerre entre trafiquants de drogue. Les assassinats se multiplient, de plus en plus violents.

LES FAITS

Trois hommes blessés par balles la semaine dernière. Un autre abattu d'une rafale de Kalachnikov par des tueurs encagoulés le 29 juillet. Trois des quatre victimes étaient connues de la police pour trafic de stupéfiants. Les règlements de comptes entre dealers de drogue se poursuivent à Marseille (Bouche-du-Rhône). La « pègre du cannabis » gangrène les quartiers.

COMPRENDRE

Dans certains quartiers de Marseille, le trafic de cannabis et de cocaïne génère d'énormes revenus. « Un territoire comme un hall d'immeuble peut rapporter jusqu'à 10 000 euros par jour », expliquait déjà le journaliste José d'Arrigo en 2009. De nombreux jeunes y participent à différentes échelles et l'argent est réparti selon le rôle joué : nourrice (personne cachant la drogue chez elle), chouf (guetteur), charbonneur (vendeur)... Le trafic n'est pas très structuré : « La concurrence est rude entre tous les gangs. Chacun monte son business et les guerres de territoire sont permanentes. Aucune "vraie" mafia ne contrôle tout », explique le sociologue Laurent Mucchielli, de l'Observatoire régional de la délinquance et des contextes sociaux en PACA. Les parrains ayant depuis un moment disparu de ce trafic, les caïds des cités se battent pour des bribes de pouvoir. Des armes venues des pays de l'Est (et récemment de Libye) s'achètent facilement. D'occasion, une kalachnikov se négocie quelques centaines d'euros. « Avant, les différends se réglaient à l'arme blanche. Aujourd'hui, c'est à l'arme de guerre. Et les prétextes à règlement de comptes sont nombreux », remarque Abdelali Louafi, directeur d'un centre social des quartiers nord. Se greffent aussi des conflits ethniques, par exemple entre Gitans et Comoriens, des affaires personnelles... « Beaucoup d'argent circule, cela suscite de la convoitise. Il y a de la surenchère, ça devient un jeu », déplore-t-il.

L'ÉCONOMIE DE LA DROGUE NOURRIT DES FAMILLES

A Marseille, la traiditon du grand banditisme est forte. Et le chômage élevé pousse les jeunes vers la délinquance.

Une cinquantaine de règlement de comptes mortels à Marseille ces quatre dernières années. Même s'il existe un « milieu » lyonnais ou parisien par exemple, « il y a des spécificités marseillaises », selon le sociologue Laurant Mucchielli.

MYTHOLOGIE

De par de son histoire et sa position géographique, Marseille a été un point névralgique de la mafia italo-corse. L'imagination véhiculé par le grand banditisme y est plus fort qu'ailleurs. « Certains jeunes endossent parfaitement le rôle du délinquant. La mythologie du bandit d'honneur est entretenue. On approche une image de Robin des Bois, qui partage l'argent », analyse le sociologue. Dans ces quartiers où le taux de chômage est explosif (dépassant parfois 30% pour les 15-24 ansà, où les conditions de vie sont précaires et les liens sociaux quasi inexistants, l'économie de la drogue et des trafics nourrit des familles entières. La configuration de Marseille est aussi une particularité urbaine. Les quartiers ne sont pas situés en banlieue, comme dans d'autres agglomérations, mais en ville. Les règlements de comptes ont donc lieu dans des endroits assez raprochés. « Une situation qui isole encore plus tous les gens qui travaillent. Ils sont terrorisés mais n'ont pas les moyens de quitter la cité », déplorait le journaliste José d'Arrigo en 2009.

QUELQUES CHIFFRES CLÉS

• 16 règlements de comptes mortels ont eu lieu à Marseille et dans les Bouches-du-Rhône depuis le début de l'année. Au moins trois d'entre eux se sont produits depuis début Juillet.

• 3 910 armes à fau illégales ont été saisies en 2011 en France, selon un bilan de la Direction centrale de la police judificaire. Parmi elles, 164 étaient des armes dites de guerre (armes automatiques comme la kalachnikov).

Propos recueillis par S. Lelong

Source : L'Actu n° 3 834 du 7.08.11

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